Certains déménagements paraissent simples lors de leur préparation. Les accès ont été vérifiés, le volume est connu et le nombre de déménageurs semble parfaitement adapté.
Puis un seul imprévu vient bouleverser toute l’organisation.
Cette intervention s’est déroulée en plein été, rue des Pyrénées, dans le 20ᵉ arrondissement de Paris. Je travaillais ce jour-là avec mon fils.
Nous devions livrer environ 19 m³ au septième étage d’un immeuble situé en fond de cour. Un ascenseur de taille moyenne devait nous permettre d’acheminer le mobilier et les cartons jusqu’à l’appartement.
À notre arrivée, cet ascenseur était malheureusement en panne.
Le client avait choisi une formule économique.
Dans cette formule, il prépare lui-même ses cartons et démonte les meubles qui doivent l’être. Notre équipe prend ensuite en charge la protection du mobilier, le chargement, le transport et la livraison.
Même pour une prestation économique, les meubles ne sont jamais placés directement dans l’utilitaire. Le canapé et les autres éléments doivent être protégés sous couverture avant leur chargement. Les biens sont ensuite correctement calés afin de voyager dans de bonnes conditions.
Avec un volume de 19 m³ et un ascenseur à l’arrivée, une équipe de deux déménageurs devait normalement suffire.
Nous étions également en pleine saison. Toutes les équipes disponibles travaillaient déjà sur d’autres interventions. Puisque l’ascenseur devait faciliter la livraison, nous étions donc partis à deux : mon fils et moi.
Après avoir chargé le camion à une autre adresse parisienne, nous sommes arrivés rue des Pyrénées pour effectuer la livraison.
L’appartement se trouvait au septième étage.
Il fallait d’abord parcourir une cour intérieure d’environ 25 mètres avant d’atteindre l’escalier et l’ascenseur. Cette distance n’était pas inquiétante puisque nous disposions de chariots et que la montée devait normalement être assurée mécaniquement.
L’ascenseur n’était pas très grand, mais les meubles pouvaient y entrer en position verticale. Nous avions organisé le déménagement en tenant compte de cette possibilité.
Nous pensions pouvoir commencer la livraison et terminer dans un délai raisonnable.
Mais lorsque nous avons voulu utiliser l’ascenseur, nous avons découvert qu’il était en panne.
En pleine saison estivale, les déménageurs disponibles sont rares.
J’ai essayé de trouver une personne supplémentaire pour nous rejoindre, mais toutes les équipes étaient déjà occupées. Il était impossible d’obtenir du renfort dans un délai raisonnable.
Le camion était chargé.
Les 19 m³ se trouvaient rue des Pyrénées.
Le client attendait la livraison de ses affaires.
Nous ne pouvions pas abandonner le mobilier dans l’utilitaire en espérant que l’ascenseur serait réparé plus tard. Nous avons donc décidé de commencer la montée à deux.
Il était environ 11 heures.
Devant nous se trouvaient les 25 mètres de cour, les sept étages et plusieurs dizaines de cartons.
Pour tenir physiquement et éviter de parcourir chacun les sept étages à chaque voyage, nous avons partagé le trajet.
Je prenais les affaires dans le camion, je traversais la cour intérieure et je montais les trois premiers étages.
Mon fils récupérait ensuite les éléments au troisième étage et poursuivait la montée sur les quatre niveaux restants jusqu’à l’appartement.
Cette organisation en relais nous permettait de répartir l’effort et de conserver un rythme régulier. Aucun de nous ne devait effectuer seul la totalité du trajet entre le camion et le septième étage.
Chaque carton passait ainsi entre nos mains avant d’arriver dans le logement.
Le problème venait surtout de leur nombre.
Le déménagement comprenait beaucoup de cartons, probablement entre 70 et 80.
Une grande partie était constituée de petits cartons contenant des objets fragiles. Même lorsqu’ils ne sont pas très lourds, ces cartons demandent du temps. Ils doivent être manipulés correctement, posés avec précaution et transportés sans être empilés de manière dangereuse.
Il fallait répéter continuellement le même parcours :
sortir les cartons du camion, traverser la cour, monter trois étages, les transmettre à mon fils, puis recommencer.
De son côté, mon fils effectuait les quatre derniers niveaux et déposait chaque élément dans l’appartement.
Les minutes se sont transformées en heures.
Pour les cartons et les éléments faciles à manipuler, notre système de relais fonctionnait correctement.
En revanche, certains objets ne pouvaient pas être séparés entre deux déménageurs.
Le réfrigérateur, la machine à laver et les pièces les plus encombrantes devaient être montés à deux. Il fallait alors parcourir ensemble les sept étages, en contrôlant chaque mouvement dans l’escalier.
Nous avancions lentement pour protéger les appareils, les murs et les parties communes.
Après chaque élément lourd, il fallait redescendre jusqu’au camion et reprendre le travail sur les cartons et le mobilier restant.
La livraison nous a demandé environ cinq heures.
Nous avions commencé vers 11 heures et nous avons travaillé pendant la partie la plus chaude de la journée.
La cour intérieure, les escaliers et les dizaines d’allers-retours ont rendu l’intervention particulièrement éprouvante. À force de monter et de descendre, nos pieds ont fini par souffrir.
La transpiration et les frottements dans les chaussures ont provoqué des ampoules. À certains endroits, la peau était devenue presque à vif.
Il ne s’agissait plus seulement de fatigue musculaire. Chaque nouvelle montée devenait douloureuse.
Pourtant, il restait des cartons à livrer et nous devions terminer le travail commencé.
Nous avons donc continué jusqu’au dernier élément.
Au bout de cinq heures, les 19 m³ avaient été entièrement transportés jusqu’au septième étage.
Les cartons se trouvaient dans l’appartement.
Le mobilier avait été livré.
Le réfrigérateur et la machine à laver avaient également atteint leur destination.
Nous étions épuisés, mais le déménagement était terminé.
Sur le moment, cette journée rue des Pyrénées nous a semblé interminable. Avec le recul, elle est devenue un souvenir de travail partagé avec mon fils.
Nous avons affronté ensemble les sept étages, la chaleur et cette panne impossible à prévoir.
Cette intervention montre l’importance d’un ascenseur dans la préparation d’un déménagement.
Une équipe prévue pour 19 m³ avec un ascenseur ne travaille pas dans les mêmes conditions lorsqu’elle doit soudainement tout monter à pied au septième étage.
Le temps nécessaire change complètement.
L’effort physique également.
Lorsqu’un ascenseur est indispensable à l’organisation, il est prudent de vérifier son fonctionnement peu avant l’arrivée des déménageurs et de prévenir le gardien ou le syndic si une anomalie apparaît.
Malgré toutes les précautions, une panne peut toutefois survenir au dernier moment.
Ce jour-là, rue des Pyrénées, nous n’avions aucun renfort disponible et aucune solution mécanique. Il nous restait notre expérience, une organisation en relais et la volonté de terminer correctement le déménagement.
C’est aussi cela, le métier : s’adapter lorsqu’un élément essentiel disparaît et trouver malgré tout une manière de mener l’intervention jusqu’au bout.